Semaine du 16 mars 2026

Mardi 17

C’est mon premier billet dans ce journal de bord.

Je n’ai pourtant pas encore achevé la construction de mon site. Mais ça fait parti de l’ADN de ce projet, je n’ai aucun enjeu de performance pour « produire du contenu ». Du moins, je veux travailler à me décharger de cette pression habituelle. Donc, commencer à écrire comme ça, sans plan précis pour la suite, finalement c’est pas plus mal.

À vrai dire, je n’ai aucune espèce d’idée de comment je souhaite structurer ces billets de journal.

Bien sûr, j’y vois à peu près quoi partager car je l’ai écrit dans la légende de cette section du site « _Un carnet où je partage ouvertement des réflexions, des émotions qui me traversent et des choses vues ou apprises, au fil des jours._ »

À travers ces notes, je cherche à transformer mes ruminations en acte créatif et libérateur. Faut que ça sorte ! J’ai terriblement besoin d’écrire.

J’ai peur de ne pas y mettre les formes assez convenables, d’avoir peu de vocabulaire et de diversité, de faire pleins de fautes de syntaxe.

Mais est-ce la vocation de ce journal de bord ?

Non. Je veux écrire avant tout pour moi parce que je crois que ça peut être une bonne autothérapie.

À vous qui lisez, ce n’est peut-être pas le meilleur moyen de m’introduire et de vous inviter à suivre mes pérégrinations. Quoique. Mais n’en doutez pas, il y a bien une folle envie de partager, de transmettre, de se raconter.

C’est rare de pouvoir se raconter aujourd’hui. Je veux dire vraiment. Pas superficiellement. Pouvoir creuser large. Généralement ça tourne plutôt en « se la raconter ».


Comme c’est mon premier billet, je me dis que c’est chouette de poser le contexte sur ma vie en ce moment.

Avec Emma, on prépare notre déménagement dans les Hautes-Alpes, au départ du Finistère, pour de nouveaux projets.

Chacun a trouvé son travail pour l’été. Pour ma part, la saison commencera les mains dans la pâte, avec l’odeur du bon pain au levain, car j’embauche comme boulanger dans un fournil artisanal.

Nous n’avons pas encore trouvé notre logement. Le secteur immobilier est assez tendu dans le coin où nous allons. C’est beaucoup de stress, mais c’est le jeu et nous y croyons.

C’est mon premier déménagement motivé par le cadre de vie plutôt que par la carrière. Ça me plait bien. Je suis impatient de débarquer à la montagne.


En novembre dernier, j’ai fermé Sourced, mon entreprise, après 2 ans et demi de dingue ! Ça s’est fait sans heurt émotionnel. Premièrement, parce que c’était déjà prévu en début d’année, avec le déménagement que nous commencions à imaginer avec Emma. Deuxièmement, parce que je savais que Sourced était une phase exploratoire et transitoire. C’est une expérience mémorable faite de belles rencontres, de défis et d’apprentissage sur moi-même.

Je suis déjà impatient d’ouvrir ma prochaine entreprise.


Depuis janvier, j’ai repris un emploi salarié. Cela me permet de réadopter un rythme « conventionnel » mais aussi d’assurer une rentrée d’argent certaine et constante afin de préparer avec plus de sérénité notre déménagement.

J’ai travaillé en tant qu’aide à domicile durant le mois de janvier. C’était génial de découvrir un nouveau métier. J’ai été touché par certaines rencontres. Pourtant, j’ai décidé d’y mettre un terme, par crainte de ne pas réussir à suivre la cadence attentionnelle dans une période où ma santé mentale n’était pas top, et parce que j’avais besoin de retrouver une stimulation manuelle – dans le sens de produire quelque chose – au quotidien.
Il n’en reste pas moins que le métier d’aide à domicile est riche de sens et mérite à être mieux valorisé.
Je garderai pour ma part de très bons souvenirs de cette expérience.


Depuis lors, je travaille en tant que chef traiteur dans un magasin Biocoop jusqu’à fin avril. François, responsable des labos boucherie-traiteur des 10 magasins de cette coopérative – et l’un de mes anciens clients dont j’ai formé l’équipe à la cuisine végétarienne en traiteur l’année dernière – m’a proposé ce poste pour lequel il avait besoin de renfort.

Mon poste consiste donc à assurer le bon roulement du traiteur et à innover afin de redynamiser le rayon et ravir la clientèle. Je cuisine ainsi de nombreuses recettes carnées mais surtout végétariennes et végétaliennes que je fais varier au fil des semaines. Ça marche plutôt bien : les clients sont heureux de découvrir de nouvelles saveurs et le chiffre d’affaire décolle.

Un aperçu du rayon traiteur

Aussi, je suis heureux de retrouver des collègues de travail. Je n’avais plus ce type d’interactions durant ces presque 3 ans de solopreneuriat. J’ai des collègues bouchers avec lesquels je travaille dans le labo du magasin et puis des collègues vendeurs.

Je me rends compte que la diversité de personnalités dans l’équipe n’est pas plus marquée que dans n’importe qu’elle autre entreprise, sous prétexte de travailler dans une enseigne à impact telle que Biocoop. Mais ce qui crée la différence je pense, c’est que la plupart des collègues choisissent d’y travailler parce qu’ils adhèrent justement aux valeurs écologiques et sociales de l’enseigne et que ça nourrit leur quête de sens. Dans les milieux qui rassemblent autour de ces valeurs, je crois que ça crée de suite une sorte de fraternité.

Ces relations d’équipe me nourrissent et me font du bien et en même temps je peux vite arriver à saturation en terme d’énergie mentale. Parfois, quand je suis plongé dans le travail, j’ai simplement envie d’être dans ma bulle et de ne discuter – autre que professionnellement – avec personne. Avec mon TDA/H, il m’est difficile d’envisager m’investir dans les deux actions avant autant de qualité. Et c’est important pour moi.

Parce que parler c’est s’engager. Engager son corps, son esprit, son attention à l’autre ou aux autres. Être présent.

Lorsque je travaille, je cherche aussi un état de pleine présence. Mais celui-ci est facilement rompu par une distraction externe comme une discussion avec un collègue ou par une distraction interne comme le cours de mes pensées, car je rumine beaucoup.

Je préfère alors largement discuter avec les collègues sur les temps de pause ou au déjeuner. Et j’y prends un vrai kiff. Ces moments permettent pour moi une attention plus sincère et une interaction riche et captivante.

Mais c’est le jeu, quand on travaille en collectif, de s’adapter aux dynamiques des autres. Alors je tente de faire au mieux. C’est pas évident de dire qu’on a pas envie de parler mais aussi et surtout de le savoir pour soi-même.


Redevenir salarié me donne l’impression de perdre en liberté. C’est factuellement le cas puisqu’il s’agit de se conformer de nouveau à des horaires et à un système en place.
Conditionnelle cette liberté dont jouit l’entrepreneur·e, car elle peut être plus exigeante, mais Ô combien précieuse et addictive est-elle.

Redevenir salarié, c’est aussi se reconfondre un peu dans la masse. Je ne le dis pas de manière méprisante. Ce que je veux dire c’est qu’en tant que chef d’entreprise, j’ai l’impression d’être plus confiant envers moi-même, au regard des responsabilités qu’incombe cette posture exigeante mais aussi peut-être au regard de l’image que je m’en fais. Je crois aussi exprimer avec plus de simplicité et de clarté ma raison d’être.

Peut-être qu’à travers cette peur de perdre en singularité, j’ai peur de manquer de reconnaissance, besoin commun à tout être humain selon la théorie de Maslow (même si controversée).


Suite au bilan neuropsychologique positif concernant le TDA/H réalisé en décembre dernier, je tente d’obtenir auprès d’un psychiatre le diagnostic officiel, sésame pour ouvrir la voie aux traitements médicamenteux ou non. Mais déjà que c’est difficile pour trouver un psychiatre qui accepte de nouveaux patients, c’est un calvaire pour en trouver un qui soit apte à établir le diagnostic de TDA/H. Des amis m’ont partagé des contacts. Je ne sais pas si j’aurais la possibilité de le faire avant notre départ à la montagne.

Dans tous les cas, j’avance avec plus de clarté sur les schèmes et les termes liés au trouble, comme la tachypsychie (hyperactivité mentale). Ça m’apaise de mieux comprendre tout ça.


En ce moment, dès que j’ai un jour de repos, j’ai besoin de marcher en nature, seul ou avec Emma. Dans les bois le long de l’Aber Wrac’h ou sur la côte à Keremma et Kerlouan.

J’ai mis en pause la pratique de l’aïkido depuis janvier. Je n’ai plus le temps et la disponibilité pour me rendre au dojo.

Ces temps-ci, je m’évade aussi plus par la lecture et la guitare.


Mardi 17, bis

Quel bonheur de partir au travail avec le lever de soleil et baigner dans cette lumière qui fait un bien fou. Les jours s’allongent de plus en plus. J’ai presque 40mn de route pour rejoindre mon travail. Voir le paysage tout au long du trajet par temps clair est une chose délicieuse.


Travailler sans lumière naturelle, quelle plaie ! Actuellement, je bosse dans un labo sans fenêtre. Depuis mon plan de travail, affairé sur ma planche de cuisine, je jette de temps à autre un coup d’oeil à travers la vitre du labo en direction de la facade d’entrée du magasin. Sorte de raccroche au temps présent, là ou l’heure de la montre seule ne signifie plus rien.


À midi, courte sieste postprandial sur la pelouse près de l’entrée des artistes (du staff). Je savoure mon café, grignote quelques pages de « L’usage du monde », étire mes muscles endoloris.


Mercredi 18

J’ai commandé 2 carnets de poche auprès d’une papeterie artisanale. Je me sens pousser des ailes dans mon envie d’écrire ici et ailleurs. J’ai surtout besoin de consigner sur papier mes idées tout au long des journées. Le carnet de poche sera mon compagnon idéal.

Je n’ai jamais perdu l’usage des carnets. Lorsque j’étais à mon compte, j’en avais un que j’embarquais partout. Un outil complémentaire à mon usage de Notion ou d’Obsidian pour gérer mes projets. À vrai dire, je pourrais décharger mes idées directement dans mon « second cerveau » Obsidian. Le coffre de notes de mon téléphone étant synchronisé avec celui du pc. Mais je me rends bien compte, pour l’avoir déjà essayé, que ça ne fonctionne pas. Je n’arrive pas à en faire un rituel. Trop de friction. Et puis, écrire sur téléphone, c’est sans âme.

Le stylo doit être mon ami. Je crois aussi que je m’y perds à taper sur le clavier et réviser ma page indéfiniment. Je l’ai remarqué hier à la rédaction de mon premier billet et ce matin lors de la relecture. J’avais la même sensation de tension que lorsque j’écrivais un article ou un post sur les réseaux sociaux. Alors que c’est tout bonnement ce que je cherche à fuir ! Le papier peut m’imposer une économie de mots, de révisions. Vaincre le perfectionnisme.


Tant que j’étais dans mon tourbillon consumériste, j’ai aussi acheté un semainier 2026 chez Moleskine. Pas le choix le plus éthique, mais j’ai craqué. Depuis que j’ai fermé Sourced, j’ai délaissé mon système d’organisation hyper carré que j’avais sur le numérique. Chaque fin de semaine, je m’organisais un créneau « CEO Time » pour faire le point sur les prestations et rendez-vous à venir, sur l’avancée dans les projets pros et personnels, etc.

En 1h, je programmais la quasi totalité de ma semaine à venir, avec le système du time-blocking, dans mon agenda numérique, tout en me laissant quelques réserves de temps libres. Cette manière de m’organiser me convenait totalement. Elle me donnait un cadre clair pour éviter de m’éparpiller et avancer concrètement dans les projets.

Mais cette organisation ne me correspond plus aujourd’hui. Je passe moins de temps devant mon ordinateur. Et j’ai moins de temps qui ne dépend que de mon libre arbitre dans son usage, puisqu’en tant que salarié, je me conforme aux horaires de mon contrat. En début d’année, j’avais déjà cherché un semainier dans ma libraire préférée et à Dialogues. Rien ne me plaisait.

Actuellement, j’utilise une solution temporaire. Sur un tableau de liège, j’ai organisé 4 sections correspondant à trois moment de la semaine et à « pour plus tard » et je viens accrocher avec des punaises mes tâches que j’écris au préalable sur des petites bandes de papier. C’est une outil qui me plait pour la possibilité d’agencer facilement mon planning et ce, de manière très visuelle et palpable. Mais ce système a le défaut ne pas conserver d’archives et de ne pas pouvoir s’embarquer facilement avec soi.


La balade du jour avec Emma, à Keremma. Le soleil se réinstalle en Bretagne pour quelques jours.


Vendredi 20

Ça y est, c’est le printemps !

Petite humeur ce matin au travail. Ou plutôt, j’étais énervé contre tout. Cerveau mode rumination activé. C’est passé dans la journée. 13h30, ma semaine de boulot se termine. Sur la route du retour, j’écoute France Info, ou plutôt, je laisse tourner par défaut la radio. J’écoute une interview du réalisateur Jean-Jacques Annaud (7 ans au Tibet par exemple, ou encore Coup de tête avec Patrick Dewaere dont j’adore la bande son). Je relève cette phrase : « Je crois qu’il faut aimer sa vie, il faut aimer ce qu’on voit, il faut aimer ceux qu’on rencontre, sinon on passe à côté ». Ça m’évoque l’idée d’incarner avec plus de présence sa vie, de quitter la posture du « je subis » pour aborder avec amour et ouverture chaque chose qui se présente à nos yeux, même dans les pires circonstances. C’est là un acte fort. Même derrière ce tracteur impossible à doubler que je me tape depuis 15 minutes ?! Amour et paix on a dit. Gnnn… on verra plus tard pour les sages pensées.

Note : je précise que je n’ai aucune colère à l’égard du conducteur de ce tracteur. Ni de manière générale à tous les conducteurs et conductrices de tracteurs de notre planète. C’est quand même bien grâce aux agriculteurs qu’on a chaque jour de quoi becter dans notre assiette.


Au travail, depuis la cuisine du labo, il arrive que mes narines « captent » le parfum de certains clients du magasin. J’aime les parfums pour ce qu’ils évoquent en souvenirs. Parfois des visages ou simplement des images de lieux accrochées à la mémoire. Je n’arriverais pas à décrire maintenant les souvenirs qui me sont réapparus ces derniers jours car ce sont des captures fugaces que l’esprit ne peut saisir. Mais ce matin, le parfum d’un monsieur m’évoquait le souvenir d’une salle d’attente avec la lumière orangée du lever de soleil qui dessine, en jeu d’ombre, l’encadrement de la fenêtre sur l’un des murs blancs de la pièce.


On rend bientôt notre location. Nous prévoyons avec Emma d’avancer le nettoyage en prévision du déménagement. Deux points nous tourmentent. Premièrement, les WC sont entartrées. Nous avons depuis longtemps essayé toutes les alternatives naturelles possibles pour traiter le problème. Entre le vinaigre blanc bouillant, l’acide citrique, les cristaux de soude et même des « pastilles bombes de toilettes senteur eucalyptus fabriquées en Hauts de France à Fleurbaix », rien n’a fonctionné.

ça n’a pas fonctionné

Deuxièmement, le plafond de notre salle de bain est de nouveau piqué de petites tâches de moisissures. D’accord, c’est vrai qu’on a un peu laissé trainer le problème pour ça, depuis la dernière tentative de frottage avec du vinaigre et du bicarbonate – en équilibre précaire la tête à l’envers – qui avait plutôt bien fonctionnée mais pour laquelle le résultat n’était pas encore parfait.

Alors, comme nous n’avons pas envie de nous faire tirer la caution lors de l’état des lieux, on veut passer aux choses sérieuses. Avec du plus gros calibre. Et c’est là qu’intervient le dilemne inévitable de l’écolo. Et tout cette culpabilisation qui vient avec. « On va détruire les nappes phréatiques et les écosystèmes », « Attends, tape sur Google impact acide chlorydrique environnement« . Finalement, on finit par écrire dans la barre de recherche : « WC acide chlorydrique ». On tombe sur une vidéo où le gars décape en un tour de main son chiotte avec la lotion chimique. Quand on découvre le « perfect » de la chasse d’eau après application du produit, ça finit par nous achever. Dame Nature, je suis désolé pour le crime que nous nous apprêtons à commetre.

Les jérémiades se poursuivent jusque devant le flacon de javel dans le magasin : « Attends, y’a pas la version Briochin, au moins c’est français : on fait bosser l’économie locale ». Non, il n’y avait pas la version Briochin-qui-fait-bosser-l’économie-locale. Chié !
On achète de l’alcool ménager, la javel se sera en dernier recours. L’acide chlorydrique par contre…

Emma ce soir tombe comme par hasard sur un article de presse dans son fil d’actu : « Il mélange de l’eau de javel et du vinaigre blanc, les pompiers sont obligés de lui venir en secours ». Au moins on est prévenu : chercher à se déculpabiliser en mélangeant du naturel avec du pourri, c’est pas le bon bail.

Note : même si je le tourne sur le ton de l’humour, ce n’est absolument pas mon intention de normaliser l’utilisation de ce genre de produits nocifs. Nous décidons de faire ce pas de côté exeptionnel sur nos valeurs et ce n’est pas sans remords.


L’apéro face à la mer pour clotûrer cette journée.


Samedi 21

Je viens d’indexer le site web sur Google avec la Search console. Il apparaitra ainsi mieux dans les moteurs de recherche à partir de maintenant.


Balade du jour en duo à Keremma. Emma se pose sur le sable pour lire. Je poursuis seul la marche sur la plage. La mer est haute. Les grandes marées d’équinoxes ont lieu en ce moment, avec de gros coefficients. Arrivé en bout de plage, je rejoins un petit passage dans les dunes pour aller m’assoir sur des rochers près de l’eau. La lumière est belle. Passé quelques minutes méditatives, je rebrousse chemin. Sur la dune, je crois traverser la savane. J’aime tellement ces herbes folles qui ondulent dans le vent. Les paysages qu’elles composent me transportent par la pensée dans d’autres contrées lointaines. Comme le passage des tourbières du Yeun Elez dans les Monts d’Arrée.

De retour sur la plage, il me faut traverser le gué de sable submergé au gré des vagues de la marée montante. J’attends que la mer remonte sa robe pour un court instant. Ça y est ! Je coure. Le vent gifle mes joues, j’ai l’impression de voler au dessus de l’eau. Je saute à temps de côté sur un monticule d’herbe pour éviter la vague s’essoufflant au pied de la dune. J’attends de nouveau le moment opportun et reprends ma course. Que c’est bon ! Je rejoins Emma, m’assois à ses côtés. Une chaleur se diffuse dans mon corps jusqu’au bout des doigts. Tout est bien.

« Courir, c’est le premier des élans, la dernière des libertés, ce qu’il nous reste de primitif… » Cédric Sapin-Défour – Double espresso

À chaque fois que je cours spontanément – pas dans un objectif sportif – je me rappelle un très beau souvenir. Dans le Puy-de-Dôme, alors que je marchais autour du Puy de Sancy dans le but d’y passer la nuit, je rencontre deux gars sur le chemin qui deviendront mes compagnons de bivouac et avec qui je passerai une veillée mémorable. On projettait en effet de poser la tente dans la même zone en dehors de la réserve naturelle. Après un bout de chemin ardu dans les brousailles pour contourner un troupeau de vaches et leurs petits, nous trouvons notre spot de bivouac. On s’arrête sur un large plateau bossu et herbeux. Derrière nous plus haut, le sommet du Sancy. Devant nous, le désert du Cézaillier qui s’ouvre à nos yeux et s’étire jusqu’à la chaine montagneuse du Cantal à l’horizon. Nous n’apercevons quasiment aucun habitation ou autre trace de vie. Une impression d’être tous les trois seuls au monde. Le soleil décline et le ciel s’emplit de nuances de couleurs du violet à l’orangée. L’air se rafraichit. On dépose nos lourds sacs à terre et on reste là, dans le silence, à regarder ce spectacle grandiose. Soudain, l’un des camarades qui pose d’une voix calme « j’ai envie de courir ». Et il part, d’un trot joyeux, sautillant sur son parcours irrégulier sur le plateau. Il court, innoncent, avec une rage de vivre certaine. Nous, restons le regarder s’effacer au loin entre les herbes hautes bercées par la brise, parfum de rosée dans l’air, soleil couchant sur les monts du Cantal.

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